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WALTER FERGUSON, légende du calypso costaricien

Walter Ferguson enregistreC’est l’histoire d’un succès tardif. L’histoire de Walter Ferguson, calypsonian (musicien de calypso1) anonyme devenu une légende après l’enregistrement de son premier disque, à l’âge de 83 ans.
Une histoire comme on n’en fait plus, une histoire comme l’Amérique latine sait en produire fréquemment.

Walter Ferguson vient au monde le 7 mai 1919 au Panama. Très tôt sa famille émigre au Costa Rica voisin, et s’installe à Cahuita, un village de pêcheurs et de planteurs de cacao de la région du Limón, sur la côte caribéenne.
C’est ici que Ferguson passera toute son existence.

La région du Limón est considérée comme le berceau costaricien du calypso, style musical qui résulte d’influences mêlées : africaines, européennes et natives.
Tout naturellement, le jeune Walter (surnommé Gavitt) baigne dans cette ambiance : entre fête votive et réunions familiales, il devient une petite célébrité locale.

L’apparition de la cassette audio lui permet de diffuser sa musique.
Lorsque passe un étranger qui s’intéresse à son calypso, Walter s’enquiert de la date de son départ de Cahuita pour savoir le temps qu’il a devant lui, va acheter une cassette vierge à la boutique du coin, puis enregistre chez lui, sur un appareil rudimentaire, ses meilleures chansons à l’intention du voyageur.
Sans plus de prétention que d’offrir un souvenir de Cahuita, éventuellement en échange de quelques "colones" (le colon est la monnaie du Costa Rica).

Tout ceci est extrêmement confidentiel, mais voilà : ces trésors phonographiques vont être à l’origine de la légende de Walter Ferguson.

Car ses modestes cassettes commencent à circuler, et à être remarquées.

Elles constituent en effet une mémoire du calypso et un témoignage vivant d’une culture en voie de dilution dans le grand ensemble mondialisé qui émerge.

Mais surtout il y a le style de Ferguson, tout de simplicité et d’humour innocent2, et servi par une grande puissance d’interprétation.
A ce titre, il est sans doute l’un des derniers conteurs d’histoires dans le plus pur style des troubadours caribéens, toujours disposés à "en raconter une bonne" sur les histoires de voisinage, à coup d’improvisations et de joutes verbales.

Dans les années 70, Ferguson jouit d’un succès d’estime dans le milieu musical du Costa Rica, mais il décide de mettre fin à sa carrière. Plus de concerts au village, plus de cassettes, il ne gratte plus sa vieille guitare que pour le plaisir.

Il est rattrapé par son destin près de 30 ans plus tard, quand le label Papaya Music3 lui propose d’enregistrer un disque compact.
Il faut reconnaître aux dirigeants de Papaya Music un sens certain de l’abnégation (de l’entêtement ?) et un véritable intérêt pour la musique de Ferguson.
En effet ce dernier refuse de quitter Cahuita pour se rendre à San José, la capitale, où se trouve le studio d’enregistrement.
Qu’à cela ne tienne ! On dépêche à Cahuita des techniciens qui construisent un studio de fortune dans le modeste hôtel où réside Ferguson.
On met des matelas et des tapis sur les murs, les portes et les fenêtres pour isoler les bruits des perroquets et des véhicules dans la rue, on fait monter la température ambiante pour mieux capter le son de sa voix et de sa guitare.
Et voici "Babylon", disque improbable, qui sort alors que l’artiste fête ses 83 printemps !

Le succès est immédiat, au Costa Rica et dans de nombreux pays4.
Le début d’une carrière marquée par des tournées triomphales à travers le monde ?
Pas du tout, Walter Ferguson est trop heureux à Cahuita où il vit toujours, entretenant ainsi, volontairement ou pas, le culte d’un artiste désintéressé qui ne vit que pour une chose : la musique, sa musique, le calypso.

Ecouter Walter Ferguson

Carnaval day
Cabin in the wata
Callaloo

1 Le calypso (parfois appelé "kaiso") est une musique de carnaval à deux temps originaire de Trinidad et Tobago, aujourd’hui très répandue dans toute la Caraïbe. Proche du mento jamaïcain, il est à la racine de la soca dans les années 70.

2 Les chansons de Ferguson sont parsemées de situations absurdes. Les paroles, en anglais criollo mâtiné d’espagnol argotique, ne sont pas facilement compréhensibles.

3 Babylon sera le premier disque d’une collection, dirigée par Papaya Music et visant à valoriser les musiques caribéennes oubliées ou méconnues.

4 Notamment en Argentine où les musiques de Ferguson sont utilisées pour des spots publicitaires.